La France commémore le centenaire de la Grande guerre au Burkina Faso

"Le combat qui est le nôtre, aujourd’hui, est celui de la paix. C’est ce à quoi nous travaillons aujourd’hui, à vos côtés, pour réduire la menace que font peser les groupes qui utilisent la terreur pour déstabiliser l’État et la jeune démocratie burkinabè."

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Discours de Monsieur l’ambassadeur de France au Burkina Faso, Xavier Lapeyre de Cabanes

Mesdames et messieurs les ambassadeurs,

Monsieur le général de brigade, chef d’état-major général des armées,

Monsieur le général major, commandant des opérations d’Africom,

Mesdames et Messieurs les officiers, sous-officiers et militaires du rang de France,
du Burkina Faso et d’autres pays,

Messieurs les anciens combattants,

Mesdames et monsieur les conseillers consulaires,

Mesdames, Mesdemoiselles et messieurs les dirigeants, professeurs et élèves du
lycée français Saint-Exupéry, de l’International school of Ouagadougou, du groupe
scolaire des Lauréats et du Prytanée militaire du Kadiogo,

Chers compatriotes et chers amis de toutes nationalités,

Avant de commencer mon propos, je souhaiterais associer à la mémoire de tous les
hommes qui ont été sacrifiés pendant la première guerre mondiale, ceux qui ont perdu la vie, cette année, au service de mon pays : l’adjudant Emilien Mougin et le maréchal des logis chef Timothée Dernoncourt, du 1er régiment de spahis, tous deux morts pour la France au Mali le 21 février 2018, et le caporal Bogusz Pochylski, du 2ème régime étranger d’infanterie, mort pour la France en Irak le 21 mars 2018.
Je vous remercie d’avoir accepté notre invitation à commémorer ensemble, à la
résidence de France à Ouagadougou, la fin de la première guerre mondiale sur le front occidental.

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Il est en effet de tradition, ici, de commémorer la victoire en même temps que la fin
de la première guerre mondiale, dans le cimetière militaire français de Ouagadougou, situé à côté de l’Institut français. Nous nous y réunissons habituellement en petit comité, entre nous, Français et Burkinabè. Aucun des militaires qui y sont enterrés n’a été victime de la Grande guerre, puisqu’ils sont morts au Burkina Faso, bien loin des champs de bataille du siècle dernier.

Mais ce faisant, nous respectons une tradition, devenue une loi en janvier 2012, qui consiste à rendre hommage, ce jour-là, à tous les « morts pour la France », ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui, civils et militaires.

En cette année un peu particulière, nous avons souhaité élargir cette commémoration, la sortir du cadre strictement national ou bilatéral qui est le sien, pour vous y associer, à l’image de ce que le Président de la République française a organisé à Paris, à savoir une cérémonie associant les chefs d’État ou de gouvernement de tous les états belligérants de la première guerre mondiale ou des États successeurs de ces États, quel que soit le camp pour lequel ils ont combattu pendant cette guerre.

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C’est pourquoi, il était important pour nous que vous soyez présents, vous, représentants au Burkina Faso de ces États et je vous suis, encore une fois, très reconnaissant d’avoir répondu favorablement à notre proposition.

Tout a été dit et répété, au cours des dernières années, des dernières semaines et
particulièrement des derniers jours, sur ce qu’a été cette guerre, les combats, les morts si nombreux qu’ils ne sont plus qu’une statistique macabre, le monde dont elle a accouché, la paix que la génération suivante n’a pas su préserver.

Nous sommes tous, ici, des héritiers de cette guerre : descendants des survivants,
que la mort a épargnés, ou des orphelins que la guerre a engendrés, les combattants du siècle dernier sont notre histoire, mais notre combat n’est plus le leur, il est autre. Ou disons que leur combat, au service de leur patrie, il nous appartient de le mener autrement.

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Le président de la République, en compagnie du président malien, a rendu un hommage particulier cette semaine, à Reims, à ceux des combattants de cette première guerre qui furent alors appelés les tirailleurs sénégalais, dont certains venaient de l’actuel Burkina Faso, défenseurs souvent contraints, parfois volontaires, comme l’a rappelé le texte lu par les élèves du lycée Saint-Exupéry sur le destin d’Adol Sima, d’un pays et d’une terre qu’ils ne connaissaient pas, combattants d’une guerre qui n’était pas la leur.

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Cette guerre, en les jetant dans cette mondialisation belliqueuse, est devenue une étape décisive de l’intégration des peuples d’Afrique dans le cadre colonial et a durablement transformé les relations entre la France et les peuples des pays colonisés : contestation de l’ordre établi et de la domination étrangère, aspiration à l’égalité et à la citoyenneté ont rendu particulièrement pertinents les propos de Clemenceau – ce même Clemenceau qui mena la France à la victoire - lors du débat sur la colonisation à la Chambre des députés, trente ans plus tôt, le 30 juillet 1885 : « La conquête (…) c’est l’abus pur et simple de la force que donne la civilisation scientifique (…), pour s’approprier l’homme, le torturer, en extraire toute la force qui est en lui au profit du prétendu civilisateur. Ce n’est pas le droit : c’en est la négation. Parler à ce propos de civilisation, c’est joindre à la violence, l’hypocrisie. »

Je remercie et félicite les élèves du lycée Saint-Exupéry pour le travail qu’ils ont fait afin de faire vivre l’un de ces hommes : en le sortant du néant du passé, vous avez donné un sens à son sacrifice et vous en avez fait un acteur de l’histoire, de notre histoire commune.

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Je remercie également le centre culturel des armées du Burkina Faso d’avoir bien
voulu nous prêter les panneaux de l’exposition sur la « force noire », que vous pourrez voir tout à l’heure, dans le patio, et qui illustre et explique les conditions de la mobilisation de ces tirailleurs et les conséquences de leur participation aux combats. Que ce combat de nos ancêtres ne soit plus le nôtre, j’en veux pour preuve – une preuve bien microscopique, certes, un détail humain de l’histoire universelle - que mes deux grands-pères, qui sont tous les deux revenus sains et saufs de quatre ans et demi de guerre, combattaient dans le camp opposé à celui pour lequel les ancêtres de ma femme, Bulgares, se sont eux-mêmes battus. Un siècle plus tard, nos enfants sont-ils des descendants des vainqueurs ou des vaincus ? L’absurdité de la question prouve l’absurdité de cette alternative.

Elle prouve surtout que le combat qui est le nôtre, aujourd’hui, est celui de la paix.
C’est ce à quoi nous travaillons aujourd’hui, à vos côtés, pour réduire la menace que font peser les groupes qui utilisent la terreur pour déstabiliser l’état et la jeune démocratie burkinabè.

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C’est pour cela que le président de la République française a voulu que la
cérémonie de ce matin, à Paris, soit immédiatement suivie de l’ouverture du Forum de Paris pour la paix. Comme il l’a dit « nous sommes aussi unis en ce jour dans la
conscience de notre histoire et dans le refus de sa répétition »
. Car, et je continue de citer le président français, « le siècle qui nous sépare des terribles sacrifices des femmes et des hommes de 14-18 nous a appris la grande précarité de la paix. Nous savons avec quelle force les nationalismes, les totalitarismes peuvent emporter les démocraties et mettre en péril l’idée même de civilisation. Nous savons avec quelle célérité l’ordre multilatéral peut soudain s’écrouler  », dit-il avant de conclure en nous appelant à « être dignes de la mémoire de celles et de ceux qui, il y a un siècle, sont tombés (…), dignes du sacrifice de celles et ceux qui, aujourd’hui, font que nous nous tenons, là, unis, en peuples libres ».

Je vous remercie

Dernière modification : 15/11/2018

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