Fête nationale 2019, discours de Monsieur l’ambassadeur à Bobo-Dioulasso

Le 11 juillet 2019, Monsieur l’ambassadeur de France s’est rendu à Bobo-Dioulasso pour célébrer la Fête nationale avec la communauté française, et avec trois jours d’anticipation comme il est désormais d’usage.

Mes chers compatriotes,
Chers amis burkinabè,

Pour la troisième année consécutive, mais ce sera la dernière pour ce qui me concerne, j’ai fait le voyage de Bobo pour venir partager avec vous un moment à l’occasion de la fête nationale, avec l’aide de votre consul honoraire, l’excellent Hamidine Bâ, et de la directrice de l’institut français de Bobo, la non moins excellente Agathe Konaté qui elle aussi quitte le Burkina après trois ans d’une mission bien remplie et réussie, ce dont je la félicite et la remercie.

Ces trois années sont passées très vite et j’aurais souhaité venir à votre rencontre et quitter Ouagadougou plus souvent. Mais la situation sécuritaire m’a malheureusement contraint à limiter mes déplacements, qu’ils soient professionnels ou personnels, hors du plateau central. Malgré tout, j’ai réussi à venir à Bobo deux fois par an ou un peu plus, ce qui n’est certes pas assez. Mais à chaque fois ce fut un plaisir de vous voir ou revoir, de prendre le pouls de la communauté française de la deuxième ville du Burkina et des autorités de cette ville. Ce fut aussi, à chaque fois, l’occasion de visiter des entreprises, françaises ou burkinabè, et de découvrir ainsi le très dense tissu industriel de votre ville, moteur en même temps que signe du dynamisme bobolais. L’un de mes regrets, et j’en ai nécessairement beaucoup, est de ne pas avoir réussi à convaincre des entrepreneurs français de faire le pari du Burkina Faso et de venir y investir, particulièrement à Bobo. J’admets que la situation sécuritaire a pu refroidir les plus audacieux, mais je ne désespère pas que les efforts de conviction que l’ambassade a pu faire, porteront, et que l’exemple des entreprises qui ont investi ici, récemment ou depuis plus longtemps, et y sont heureuses donneront des idées à d’autres entrepreneurs.

Dans trois semaines environ, je quitterai le Burkina Faso pour passer la main à mon successeur, Luc Hallade, qui devrait arriver début septembre.

J’étais loin de m’imaginer, en arrivant le 16 septembre 2016, que ma mission dans votre pays serait à ce point dominée, ou du moins marquée, par la question terroriste et sécuritaire.

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Pendant ces trois années, le Burkina a en effet vécu des événements dramatiques. La double attaque contre l’ambassade de France et l’état-major général des armées, voici 15 mois maintenant, est peut-être ce qui a le plus frappé les Français en France. Pourtant, ces attaques ne sont que deux parmi des centaines d’événements tragiques qui ont endeuillé le Burkina depuis 2016.
Outre notre coopération avec le Burkina Faso, notre action, dans le domaine de la sécurité s’est tournée vers vous, mes chers compatriotes. Votre sécurité est une préoccupation de l’État : vous avez pu voir combien était forte la sensibilité, en France, lorsque deux de nos compatriotes ont été enlevés au Bénin, puis lorsque deux de nos soldats ont trouvé la mort en les libérant. Ce ne sont donc pas des mots en l’air. Notre site conseils aux voyageurs et la carte qui l’accompagne, visent à vous apporter une information fiable sur le degré de vigilance qui doit être le nôtre compte tenu de l’évolution de la situation. Et c’est parce que les mesures que nous préconisons sont raisonnables, évitant, il me semble, l’écueil de l’irénisme et celui du catastrophisme, que nous n’avons aucune victime à déplorer au sein de notre communauté. Je saisis cette occasion pour vous féliciter de votre sérieux en la matière qui a permis que le nombre de Français présents au Burkina ne diminue pas : vous étiez 3.500 à mon arrivée et ce nombre n’a pas bougé. Je crois que s’il y a un signe de la force de notre relation bilatérale, c’est bien celui-là : vous êtes heureux au Burkina, particulièrement à Bobo et vous avez fait ce qu’il fallait pour continuer de l’être, en ne cédant jamais à la panique.

Nous avons pris les mesures pour renforcer la sécurité passive de nos bâtiments et vous, chers amis burkinabè, avez répondu rapidement et positivement à nos demandes de renforcer la garde extérieure par des policiers ou des gendarmes, ici comme à Ouagadougou.

Comme moi, vous avez déploré que nous ayons dû fermer l’institut français de Bobo, de même que nous l’avions fait à Ouagadougou. Les travaux de sécurisation sont achevés dans la capitale et je suis heureux de vous dire qu’une entreprise vient d’être sélectionnée pour en faire autant ici ; mon successeur pourra donc présider à la réouverture et à la reprise complète des activités de cet institut dans quelques mois, j’espère avant la fin de l’année.

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De toute façon, nous pouvons compter sur l’appui des forces de sécurité burkinabè et sur leur efficacité non seulement pour assurer notre sécurité, mais, surtout, pour faire reculer ceux qui veulent créer le chaos au Burkina, par la violence, et veulent opposer Français et Burkinabè.

En effet, depuis plusieurs mois, il est patent que les forces burkinabè ont gagné en efficacité.

Cela vous a permis, comme je le disais tout à l’heure, de rester et cela a permis à l’ambassade et aux différents services de l’État de poursuivre leurs activités et même de les développer, y compris à Bobo. Je ne suis pas peu fier que l’AFD ait commencé à collaborer avec la ville de Bobo - nous en parlions ce matin, Monsieur le maire - ce qui est sans doute la première action de coopération menée par l’agence directement avec une ville de province.

La visite que j’ai faite, cette après-midi, au Ciné Guimbi, m’a rappelé que l’AFD entendait désormais développer des partenariats dans le domaine culturel ; et l’institut français a également démarré une action de formation en ligne pour des formateurs de français langue étrangère, répondant à l’instruction donnée par le président français dans son désormais célèbre discours de Ouagadougou, de faire du soutien à l’éducation une priorité. Dans la même veine, avec le ministre de l’éducation, le professeur Stanislas Ouaro, au mois de mars dernier, nous avions posé la première pierre du lycée scientifique d’excellence financé par la fondation Orange, qui devrait ouvrir ses portes à la prochaine rentrée et à l’ouverture duquel je suis sûr que mon successeur sera honoré de participer.

Comme l’éducation se poursuit au-delà du bac, je suis heureux de constater que les étudiants bobolais continuent en nombre de tenter l’aventure d’aller poursuivre leurs études en France.

Nous avons donc fait ce qui n’est certes que notre devoir, continuer comme avant, avec un seul changement : prendre plus encore en compte les paramètres de sécurité. Cela a sans doute été plus pesant et plus compliqué, plus difficile - ça l’a été aussi pour l’ambassade qui est beaucoup sollicitée, pour obtenir des conseils personnalisés, par nos compatriotes qui viennent en mission, dans le cadre des nombreuses coopérations décentralisées qui lient nos deux pays - comme celle que vous avez avec Châlons-en-Champagne ou celle que la région des Hauts-Bassins a développé avec la région d’Auvergne Rhône Alpes (ce qui explique l’absence du président du conseil régional aujourd’hui). Mais c’était une nécessité pour ne pas nous mettre en danger et pour que chacun vive la vie qu’il s’est choisie dans le pays qui l’a accueilli.

C’est donc avec espoir et optimisme, même, que je vais quitter le Burkina, et je suis convaincu que mon successeur pourra vivre dans un Burkina moins déstabilisé par l’action des groupes terroristes. C’est ce que je vous souhaite à tous.
Merci encore de votre accueil, de votre écoute, de votre franchise et de votre ouverture à tous : grâce à vous, ma mission a été plus agréable et je crois avoir pu mieux connaître et comprendre ce pays qui est le vôtre, de naissance ou d’adoption, et mieux y défendre les intérêts de mon pays, dont le premier est bien de renforcer encore des relations déjà excellentes.

Je vous remercie de votre attention, vous souhaite une belle fête et vous dis à bientôt !

Dernière modification : 15/07/2019

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