Discours de l’ambassadeur lors de l’ouverture des Assises de la coopération décentralisée (05/10/17)

JPEG
Ce n’est pas en tant qu’ambassadeur de France au Burkina Faso que me revient l’honneur de prendre la parole devant vous aujourd’hui, à l’occasion de l’ouverture de ces premières assises nationales de la coopération décentralisée organisées par les autorités burkinabé, ou plutôt ce n’est pas en cette seule qualité de représentant de mon pays à Ouagadougou. C’est aussi ou d’abord parce que la France a un rôle particulier au sein des partenaires techniques et financiers dans ce domaine précis que je m’adresse à vous.

Mais il est certain que si l’ambassade de France a été choisie pour intervenir au nom des partenaires techniques et financiers, c’est parce que les collectivités territoriales de mon pays sont particulièrement actives et dynamiques au Burkina Faso. Et ce n’est pas nouveau : la plus ancienne coopération décentralisée franco-burkinabè est celle qui relie la commune française de Loudun à celle de Ouagadougou, elle existe depuis 1967. Entre temps, Loudun est resté une petite ville français de moins de 10.000 habitants et Ouagadougou, qui comptait moins de 70.000 âmes à l’époque, est devenue une métropole autrement plus importante avec bientôt trois millions d’habitants – ce qui lui a d’ailleurs valu d’établir des partenariats avec de grandes municipalités françaises, sans jamais abandonner Loudun cependant.

De manière plus générale la coopération décentralisée franco-burkinabè est la plus importante à l’échelle du pays, tant en nombre de partenariats qu’en volume et en dynamisme. En effet le Burkina Faso compte près de 180 relations de coopérations décentralisées avec notre pays, dont environ 120 actives. Le Burkina Faso est aussi le 4ème pays en termes de nombre de projets de coopération décentralisée menés par des collectivités territoriales françaises, derrière l’Allemagne, le Mali et le Sénégal.
La coopération décentralisée française est le 2nd contributeur au budget des collectivités territoriales burkinabè, après l’Etat burkinabè. Cette contribution mobilise entre 5 à 10 millions € par an, qui inclut l’apport des collectivités et celui de l’Etat à travers des cofinancements.

Le thème que vous avez choisi est d’autant plus pertinent – mais comment aurait-il pu ne pas l’être ? – que le phénomène que l’on appelle la mondialisation rend la coopération entre collectivités territoriales encore plus indispensable. Cette mondialisation n’a pas rendu obsolètes les relations intergouvernementales mais elle a accru le besoin de tisser des liens à d’autres niveaux. En effet, la destruction des barrières naturelles qui existaient entre les hommes de différentes contrées, qu’il s’agisse de la distance ou du temps, impose non pas moins mais plus d’action des collectivités organisées. En effet, nous sommes désormais potentiellement en contact avec tous nos semblables qui habitent notre terre unique, mais cette facilité ne signifie pas que nous nous connaissons mieux ni que nous nous comprenons.
C’est aussi là que se joue le rôle des collectivités territoriales.

Car nous, simples envoyés des Etats, nous représentons des entités abstraites. Il peut nous manquer parfois la chair qui est d’être le représentant d’une collectivité humaine particulière d’une taille plus réduite et dépourvue d’objectif politique. Non pas que les relations interétatiques soient systématiquement établies sur la base du rapport de forces ou de la simple défense d’intérêts égoïstes, non, bien au contraire. C’est d’ailleurs tout le sens de notre politique au Burkina Faso, qui repose sur la coopération. La France, d’ailleurs, reste le premier partenaire bilatéral du Burkina et entend bien le rester encore longtemps.

Mais ce que vous apportez est la rencontre entre les sociétés, entre les peuples, entre les individus. C’est cela que vous pouvez mieux que nous proposer, ou provoquer.

Jumelages, solidarité internationale, aide humanitaire, coopération pour le développement, dialogue transfrontalier, projets ponctuels d’échanges d’expérience, réseaux thématiques… La coopération décentralisée est l’une de ces actions. Elle permet de tisser des liens très étroits entre collectivités territoriales partenaires, liens qui dépassent les seuls élus locaux qui en ont été les initiateurs – ce qui est possible, comme le montre la longueur du partenariat entre Loudun et Ouagadougou, partenariat qui s‘est élargi au département français de la Vienne, où se situe Loudun. C’est lorsque les partenaires ne sont plus seulement une poignée d’hommes dynamiques et volontaires, mais qu’ils ont réussi à passer le flambeau à leurs habitants en leur donnant envie de se rapprocher de la ville ou de la région partenaire, que le pari est gagné. Les acteurs locaux qui s’impliquent dépassent alors le cadre politique ou administratif et touchent les entreprises, les associations ou les jeunes générations : la coopération aboutit alors à créer un lien véritable entre collectivités humaines qui, sinon, seraient restées ignorantes l’une de l’autre. Les exemples entre mon pays et le Burkina Faso sont légion et il ne me revient pas de les citer tous – d’abord parce que je risquerais d’en oublier (ou alors, si j’étais exhaustif, je craindrais de vous lasser), ensuite parce que je ne les connais pas toutes et qu’il ne m’appartient pas de surveiller ce que font librement les collectivités territoriales françaises au Burkina, et enfin parce que ce n’est pas pour cela que vous m’avez invité à cette tribune – et je suis sûr qu’ils sont également fort développés avec d’autres pays du continent africain ou d’autres continents.

Au Burkina Faso, la politique de décentralisation est amorcée depuis les années 90 et constitue donc depuis plus de 25 ans un puissant soutien au développement des gouvernements locaux. Le mouvement de décentralisation « accompagne » et approfondit la démocratie en permettant aux citoyens de la vivre dans leur vie personnelle. Ce n’est pas nécessaire que je développe plus avant une réalité avec laquelle vous vivez tous les jours et que vous connaissez donc bien mieux que moi. Vous jouez un rôle stratégique d’impulsion et de promotion du développement socioéconomique.

L’amélioration des conditions de vie des populations au niveau local exige aujourd’hui plus que jamais des élus que vous êtes, une capacité réelle à inventer des solutions dans les domaines prioritaires comme l’instruction, la formation, la santé, l’eau, l’assainissement… et, comme on dit, on est plus intelligents à plusieurs, ce qui justifie et impose la coopération – d’autant qu’elle permet de gagner du temps en évitant d’inventer l’eau tiède alors qu’il est plus pertinent et moins fatiguant de s’inspirer des bons exemples des autres – ce qu’en langage technocratique on appelle les « bonnes pratiques ».

La décentralisation induit de nos jours une nouvelle répartition des rôles et tâches entre l’Etat et les collectivités territoriales. Vous avez de nouvelles responsabilités et vous devez, pour les assumer pleinement, vous organiser. C’est à cela que servent de telles assises.

Vous aurez l’occasion non seulement de participer ou d’assister à différentes tables rondes, dont l’intérêt sera sûrement grand. Mais permettez-moi de vous inviter ou de vous inciter à profiter du « village » qui a été créé à l’occasion de ces Assises afin de permettre des rencontres spontanées, inattendues. Ce sont elles qui déboucheront sur les plus belles et les plus fermes coopérations décentralisées.

Je souhaite donc que cette première édition des assises nationales de la coopération décentralisée favorise les échanges entre les collectivités territoriales de nos pays et génère des actions communes visant une avancée significative du processus de décentralisation au Burkina Faso.

Je vous remercie

Dernière modification : 09/10/2017

Haut de page