Discours de l’ambassadeur de France

L’ambassadeur de France au Burkina Faso, Xavier Lapeyre de Cabanes, a prononcé le discours suivant lors de l’ouverture de la ligne électrique SONABEL, financée par l’AFD et reliant entre Kaya et Dori, le 14 mars dernier à Dori. La cérémonie d’inauguration fut présidée par le ministre de l’Energie, Alpha Oumar Dissa, et l’ambassadeur, en présence du maire de la ville.

Depuis des décennies, la France mène une politique de coopération avec ses partenaires les plus proches d’Afrique ou d’Asie
Cette politique ne vise à rien d’autre qu’à participer, à apporter une contribution à une politique de développement décidée par ses partenaires. L’Agence française de développement est, en quelque sorte le bras armé, ou plutôt le bras financier, de l’État. Comme les ressources de l’État ne sont pas infinies, alors que les besoins humains le sont, la France choisit les projets qu’elle soutiendra en fonction, d’abord, des besoins de ses partenaires, de nos objectifs politiques, des compétences propres de l’Agence et des savoir-faire techniques en France.

Le Burkina Faso est un partenaire de la France au Sahel de longue date et, contrairement à d’autres anciens colonisateurs, mon pays a voulu rester fidèle à ses anciennes colonies et maintenir et renforcer les liens créés à l’époque de la colonisation. Grâce à Dieu, ces liens sont désormais établis sur des bases égalitaires - ce que signifie bien le terme de coopération.
Si nous avons décidé que l’AFD financerait la construction de la ligne électrique reliant Dori à Kaya, c’est parce que ce projet nous a paru particulièrement pertinent et parce que la France disposait des compétences pour aider la SONABEL à mener à bien ce projet.

La pertinence de cette ligne ne fait de doute pour personne et peut-être plus encore maintenant : vous me disiez, il y a 2 semaines, monsieur le maire, combien les habitants de votre commune pouvaient avoir le sentiment d’être abandonnés par l’État. D’une certaine façon, l’inauguration de cette ligne apporte la preuve du contraire : l’État burkinabè est bien décidé à donner à toutes les régions du pays les mêmes outils nécessaires au développement économique et à l’insertion dans le monde, monde de plus en plus ouvert, ou chacun peut et doit pouvoir se connecter à tous les autres.
L’énergie est le socle, la fondation, la base de toute production : or, sans énergie d’origine industrielle, les habitants doivent s’en remettre aux sources d’énergie physique, qu’il s’agisse de la force animale ou de l’effort humain. Mais l’histoire nous a montré combien la force musculaire était une bien pauvre source d’énergie comparée à ce que l’industrie peut produire.

Faire venir l’énergie dans le Soum, c’est donc d’abord donner les moyens à chacun des habitants de cette région de pouvoir vivre différemment, s’il le souhaite, de développer ses activités, quelles qu’elles soient ; il n’est pas nécessaire, je pense, de développer tout ce qu’il sera désormais possible aux habitants de cette région, de faire, à toute heure du jour ou de la nuit : apprendre à la lumière d’une lampe, conserver dans un appareil réfrigérant, s’informer avec la télévision, produire des outils, des objets, des vêtements, à l’aide d’appareils électriques, se connecter au monde via un ordinateur... Amener ici l’électricité, c’est donc mettre fin à ce sentiment d’éloignement que peuvent éprouver les populations, ou du moins y contribuer.
Je ne dis pas que d’un coup, les problèmes sécuritaires vont disparaître, car ils ont des causes multiples - géographiques, économiques, climatiques, sociales, politiques, voire démographiques. Mais le développement économique est un des moyens d’assurer à la population un avenir et de permettre aux plus jeunes générations de s’imaginer un destin pacifique ici.
En voyant ces poteaux et ces fils, le long de la route, on n’imagine pas combien ils peuvent modifier nos vies.

C’est bien la première raison pour laquelle la France a décidé d’apporter son appui financier au Burkina : nos pays sont partenaires et nous ne pouvons nous satisfaire d’une situation où nous vous regarderions souffrir face à la menace - menace de misère ou menace de violence - sans réagir à vos côtés.
Oui, le choix d’amener l’électricité est plus que pertinent : il est impératif et c’est pour cela qu’après cette ligne, d’autres seront inaugurées très prochainement, également sur financement de l’AFD, entre Ouaga et Ouahigouya et entre Kongoussi et Djibo.

Produire l’électricité est un autre volet de la politique de l’AFD : votre pays ne pourvoit que très peu à ses besoins, puisque l’essentiel de votre énergie est thermique, donc produite à partir d’hydrocarbures importés. Vous y perdez en indépendance et en coûts d’importation. Votre choix, monsieur le ministre, de développer l’énergie dont le ciel vous bénit - ou nous accable -, à savoir le soleil. Nous avons vu, lors de la conférence de Paris, l’intérêt très forts des entreprises privées, françaises notamment, pour venir investir dans ce domaine au Burkina. Les initiatives sont sans doute désordonnées, mais elles témoignent d’un véritable intérêt du secteur privé. Il n’y a plus besoin que d’un cadre réglementaire clair pour que des partenariats publics privés puissent démarrer : les partenaires techniques et financiers, et l’AFD au premier chef, sont à votre disposition pour ce faire.
Car votre pays est exceptionnellement doté et idéalement situé pour produire de l’énergie d’origine solaire.
Nous allons d’ailleurs inaugurer cette année la plus importante centrale solaire d’Afrique de l’ouest, à Zagtouli, également financée par l’AFD et l’Union européenne.
Enfin, nous avons été heureux que des entreprises françaises soient les principaux partenaires de la SONABEL pour ce projet, Engie, pour les lignes à haute et moyenne tensions, Eiffage, pour les postes de transformation et SOFRECO comme ingénieur conseil.

Je félicite donc toutes les parties prenantes à ce projet devenu une réalité aujourd’hui et formule le vœu que que les quelque 180.000 habitants de la région y trouvent une possibilité de vivre mieux.

Je vous remercie pour votre attention.

Dernière modification : 28/03/2017

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