Discours de l’ambassadeur au Forum national sur la sécurité (24/10/2017)

Monsieur le Président du Faso,
Monsieur le Premier ministre,
Monsieur le ministre d’Etat, ministre de la sécurité,
Mesdames, Messieurs,

C’est comme chef de file du cadre sectoriel du dialogue sur la sécurité qu’il me revient d’intervenir devant vous, au nom de l’ensemble des partenaires techniques et financiers.

Chacun d’entre nous sent bien que la sécurité reste un domaine à part et que la coopération ne saurait être du même ordre ni son organisation semblable à celle d’autres secteurs. Ce n’est pas amoindrir l’importance du secteur de l’eau ou celui de l’énergie que d’affirmer qu’ils ne revêtent pas le même degré de sensibilité politique.
La sécurité d’une nation n’a pas d’équivalent de ce point de vue. Il s’agit en effet de savoir comment assurer la survie de la communauté nationale. Cela nécessite d’abord de définir les menaces qui peuvent peser sur cette communauté, puis de déterminer les moyens que la communauté nationale est prête à mettre en œuvre pour dissuader une puissance extérieure d’utiliser la force pour intervenir, imposer sa volonté voire détruire l’indépendance.

La position géopolitique du Burkina Faso est une donnée immuable. La situation sécuritaire dans les pays voisins est un fait qui vous échappe. Mais la réponse que vous souhaitez apporter à cette situation et les conséquences que vous tirez de cette position géopolitique n’appartiennent qu’à vous.

Si les partenaires techniques et financiers peuvent apporter des conseils objectifs sur l’organisation d’une filière économique ou la pertinence d’une infrastructure, en revanche, la détermination du type de relation que vous voulez avoir avec les Etats voisins ou la façon dont vous entendez organiser vos forces de sécurité, qu’il s’agisse des forces de sécurité intérieure ou de l’armée, sont uniquement politiques et n’appartiennent à personne d’autre qu’aux Burkinabè. Moins encore que dans les autres domaines, il n’appartient aux partenaires techniques et financiers d’intervenir dans la définition de la réponse que vous apporterez aux menaces. Mais la simple définition des menaces est elle-même une décision politique qui ne peut relever que des Burkinabè.

Indépendamment de l’évolution de la situation sécuritaire au Sahel, le changement de régime politique dans votre pays, voici trois ans, imposait une redéfinition des menaces auxquelles votre pays doit faire face, et de la réponse qu’il souhaite y apporter.

En outre, le Burkina s’étant doté désormais d’un régime démocratique, les autorités sont soumises au contrôle du peuple ce qui impose que les choix fondamentaux soient débattus sur la place publique. Ils le sont naturellement à l’occasion des débats électoraux, mais la délégation du pouvoir à une Assemblée et à un Président et un gouvernement n’empêche pas que l’électeur reste un citoyen pendant toute la durée d’un mandat et qu’il dispose d’un droit à débattre des options qui s’offrent aux dirigeants.

Le secteur de la sécurité n’échappe pas à cette obligation de débat démocratique.
Le forum national que vous avez décidé d’organiser pendant ces trois jours, et qui suit des forums régionaux consacrés à la sécurité, répond donc à cette double exigence : définir à nouveau la doctrine de sécurité de votre pays, dans un environnement hostile ; permettre un débat le plus ouvert possible, pour obtenir un consensus sur ce que sont les menaces, les modalités de dissuader vos ennemis et de leur riposter, les forces dont vous souhaitez disposer pour y répondre, les efforts financiers que vous acceptez pour que vos forces agissent avec efficacité, les alliés avec lesquels vous entendez résister à ces menaces, si vous l’estimez nécessaire…

Nous, partenaires techniques et financiers, n’avons pas de place dans ce débat. Mais nous interviendrons après, à votre demande, selon les modalités que vous aurez fixées et en fonction, chacun, de ses propres impératifs.

Mais nous vous appuierons, soyez en rassurés, car la sécurité du Burkina est aussi celle de ses partenaires. Ce n’est pas par hasard si l’ensemble du Conseil de sécurité des Nations unies s’est rendu à Ouagadougou dimanche dernier : c’est bien la marque que l’organe de cette institution qui est en charge de la sécurité mondiale estime que la déstabilisation du Sahel est une menace pour la paix et la sécurité internationales et que, dans cette circonstance, il lui appartient de mieux connaître la situation pour aider les Etats menacés à y répondre.

Mais nous ne pourrons vous appuyer que si nous sommes sollicités. D’abord parce que tout appui ou proposition d’un partenaire qui ne correspondrait pas à un besoin avéré du Burkina risquerait d’être inefficace ou inopportun ; ensuite parce que toute aide non sollicitée dans le domaine sensible de la sécurité pourrait être perçu comme une atteinte à souveraineté nationale.

Mon pays, qui est le premier des partenaires techniques et financiers bilatéraux, coopère avec le Burkina Faso dans le domaine de la sécurité depuis l’indépendance. La France est naturellement prête à continuer dans cette voie. Les partenaires techniques et financiers sont de plus en plus nombreux à s’engager dans ce secteur sensible qu’est la sécurité. Avec les autres partenaires techniques et financiers, nous souhaitons qu’à l’issue de ce forum, le dialogue puisse être engagé avec les autorités burkinabè compétentes dans le domaine de la sécurité pour définir ensemble les voies et moyens de notre action commune.

Dernière modification : 24/10/2017

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